Mohamed Melehi

Né en 1936 à Assilah, Maroc

Vit et travaille à Casablanca 

 

Chef de file de la modernité marocaine et artiste cosmopolite, Mohamed Melehi est né en 1936 à Assilah au Maroc.

L’œuvre de Mohamed Melehi a contribué à façonner l’esthétique des réseaux artistiques postcoloniaux et panarabes à travers ses expérimentations géométriques, la révolution culturelle opérée avec l’École de Casablanca mais aussi son travail de photographe, éditeur, designer, affichiste et muraliste.

 

Précurseur d’une nouvelle expression picturale, Mohamed Melehi entame très jeune son parcours artistique en Europe. Il n’a que 19 ans lorsqu'il intègre l’École des beaux-arts de Séville en 1955. Il rejoindra celle de Madrid l’année suivante. En 1958, alors que l’artiste quitte l’Espagne pour l’Italie, il organise sa première exposition personnelle à la Bibliothèque Américaine de Tanger. Il y présente des œuvres de factures radicalement abstraites sur des supports de toile de jute cousue et tatouée de signes, et des tissages de laine employés traditionnellement pour la confection des djellabas. Il joue sur la valeur expressive de ces matériaux et leurs résonances symboliques avec la culture visuelle locale. Par cette démarche, audacieuse pour l’époque, Melehi confirme son émancipation de l’académisme et sa filiation à l’art informel, style pictural dominant dans l’Europe d’après-guerre. Cette exposition montre un parti pris radical dans lequel l’artiste assume pleinement sa modernité dans un Maroc fraîchement indépendant. Elle est aussi annonciatrice de la vision artistique de Melehi qui guidera l’ensemble de son œuvre, marquée par la recherche d’une modernité picturale en interaction avec sa culture et porteuse d’un langage esthétique universel.

 

Installé à Rome de 1957 à 1961, il travaillera avec la galerie Trastevere dirigée par Topazia Alliata (1913-2015), femme de culture cosmopolite autour de laquelle gravitent les artistes d’avant-garde et les intellectuels italiens. Cette dernière lui consacre quatre expositions entre 1959 et 1963. Dès lors, Melehi se retrouve en contact avec les artistes les plus novateurs (Accardi, Burri, Fontana, Kounellis, Perelli, Capogrossi…) et assiste à des expositions d’artistes internationaux, notamment celles des jeunes peintres expressionnistes abstraits américains Jackson Pollock, Willem De Kooning et Robert Rauschenberg.

Jean-Hubert Martin nous fait observer l’originalité du travail de Melehi à cette période :  « À la violence destructrice et chaotique des Italiens et des expressionnistes abstraits, [Melehi] oppose la rigueur et la sérénité de la composition ordonnée ».

 

C’est à cette époque qu’il fait la connaissance de Jilali Gharbaoui et retrouve ses amis Mohamed Chabâa et Mohamed Ataallah à l’Académie des beaux-arts, où ils poursuivent leurs études tout en évoluant dans un environnement culturel et artistique gagné par l’esprit du renouveau.

 

Bien que très implanté dans la scène artistique romaine, Mohamed Melehi décide de découvrir Paris, puis les Etats-Unis, devenus pour lui le nouvel épicentre de l’art. Il s’installe à New York à la fin de l’année 1962 et se met à peindre une série de tableaux révélateurs de son immersion au cœur d’un paysage culturel, urbain et musical qui le fascine et l’inspire. Il abandonne la peinture noire, qui cède la place à des couleurs vives et à une abstraction géométrique inspirée du progrès scientifique ambiant, dans ce qui peut être interprété comme un éloge de la cybernétique. C’est à cette époque que se manifeste dans ses peintures une prédilection pour la ligne courbe. Elle annonce l’apparition du motif ondulatoire qui deviendra l’élément clé de son œuvre et demeure, aujourd’hui encore, au centre de ses préoccupations artistiques. 

Durant son séjour new-yorkais, Melehi fréquente les artistes connus, les galeries en vue et participe à deux expositions collectives majeures en 1963, « Hard Edge and Geometric Painting and Sculpture » au MoMA de New York, et « Formalistes » à la Washington Gallery of Modern Art. Il confirme ainsi son intégration à la scène artistique américaine.

 

Durant les dix ans passés à l’étranger, Melehi prend part à l’émergence de courants artistiques majeurs à travers la plupart des capitales culturelles occidentales. Il décide de regagner le Maroc en 1964, avec l’envie de contribuer au dynamisme culturel de son pays. Il intègre l’École des beaux-arts de Casablanca, alors dirigée par Farid Belkahia. 

Il y enseigne de 1964 à 1969, aux côtés de deux historiens d’art, Toni Maraini et Bert Flint. Ils seront rejoints par ses complices de Rome, Chabâa et Ataallah. Tous ont évolué comme lui dans les hauts lieux de la modernité artistique en Europe et en Amérique du Nord, et ont assimilé la pensée du Bauhaus. Ils forment un collectif de recherche et de création qui vise à concevoir une nouvelle pratique artistique, pensée comme indissociable d’une remise en question sociale plus large. A cette époque, Melehi renoue avec la conception esthétique de la civilisation musulmane qui a pour principe de donner forme à la pensée en ne copiant objectivement ni la nature, ni l’homme. Il intègre à son œuvre, en plus des formes géométriques et des couleurs en aplats, un nouveau corpus ornemental tel que l’arc-en-ciel, la flamme, le rayon, les astres ou la calligraphie, tout en privilégiant les formes ondoyantes devenues caractéristiques de son œuvre picturale.

 

Parallèlement, Melehi prône, à travers ses recherches menées au sein de l’Ecole de Casablanca, l’intégration de l’art dans la vie quotidienne et initie avec ses camarades des manifestations artistiques extra-muros, dont celle, historique, baptisée « Présence plastique », qui s’est tenue place Jemaâ el-Fna à Marrakech en 1969. Melehi prend une part active à la vie culturelle des années 1960 et s’implique sur plusieurs fronts. Il fonde la revue d’art « Intégral » qu’il anime de 1971 à 78. En 1978, il cofonde le Festival culturel international d’Asilah et lance un programme de peintures murales éphémères, déployées dans les rues de la médina de cette ville. 

L’œuvre féconde de Melehi dans les années 70 et 80 révèle une recherche exigeante d’une forme moderne de représentation. Elle dégage une esthétique transversale propre à l’articulation entre figuration et abstraction, identité et modernité. Elle fera l’objet d’une importante exposition, « Melehi, Recent Paintings », au Bronx Museum of the Arts à New York (1984-1985).

 

Au fil du temps, l’œuvre de Melehi s’affirme avec sa forme ondoyante qui se déploie comme une vague charriant avec elle d’innombrables métaphores. Elle s’accomplit aujourd’hui dans un processus de symbiose temporelle de son parcours artistique, intégrant en son sein la toile de jute madrilène, les bandes de la période romaine et les ondes new-yorkaises.

 

Son œuvre a fait l’objet de nombreuses expositions dans le monde entier et plusieurs rétrospectives lui ont été consacrées. Parmi ces dernières, l’une est encore en cours à la Alserkal Foundation de Dubaï. Curatée par Morad Montazami, l’exposition avait été présentée à Londres à The Mosaic Rooms au début de l’année 2019 puis au musée d’art contemporain africain Al Maaden à Marrakech - Macaal. Michel Gauthier, conservateur au Centre Pompidou à Paris, lui a récemment consacré une monographie, qui revient sur les vingt années décisives de sa carrière.

 

 

 

Présentation des œuvres

Melehi et le Déluge

 

‘‘Melehi et Le Déluge’’ poursuit la réflexion de l’artiste sur les problématiques climatiques actuelles. Le peintre ne cesse de s’intéresser aux problèmes climatiques depuis la Conférence Internationale sur le Climat (Cop 22) de 2016, à Marrakech. A l’époque, Loft Art Gallery avait exposé les toiles regroupées sous le titre ‘‘Hymne au climat’’.

Les ondulations qui autrefois s’appelaient "flammes" changent ici de position et font référence aux flots débordants. Elles ponctuent  l’horizon et dévoilent les éléments déchainés ; nuages menaçants et houle forte suggèrent les grondements de tonnerre et la catastrophe imminente. 

Mohamed Melehi, artiste à la carrière internationale, se nourrit ici de l’actualité. Il invite son public à une prise de conscience nécessaire et urgente.