“Il faut toujours dire ce que l’on voit: surtout il faut toujours voir ce que l’on voit.”
Charles Péguy

Recto: la face avant d’un document, verso: la face arrière. Un document imprimé en recto/verso est donc imprimé des deux côtés de la feuille.
On peut apprécier la richesse du mot quand on sait qu’il veut dire aussi «simple, franc», comme des yeux qui vous regardent sans détourner le regard.
Ici recto-verso symbolise la complexité d’Hicham Benohoud. Le recto c’est ce qui peut être vu d’un rapide coup d’œil alors que le verso nécessite de “retourner” un document – ou une œuvre d’art – afin d’y découvrir l’envers et d’en saisir toute la beauté.
Ainsi de l’identité véritable d’un être: son histoire et ses secrets ne peuvent se lire sur ses traits, il faut creuser, plonger pour découvrir ce qui se cache derrière ce masque, c’est le verso.
A l’image de son autoportrait de face ou de dos, motif récurrent dans la création d’Hicham Benohoud, celui-ci cherche à dépasser ce qui est visible pour déceler cette part de mystère cachée derrière chaque visage, chaque œuvre d’art.
“Je travaille depuis 25 ans sur la question des identités, mais en tant que plasticien je recherche un processus plastique” H.B
De l’aveu même de l’artiste, cette recherche de processus technique offre un champ d’expérimentation plastique infini qui lui permet une créativité sans cesse renouvelée: “les tableaux de demain seront nouveaux”.
Artiste aux milles talents, tour à tour professeur, photographe, peintre ou performeur, la série Recto-Verso présente pour la première fois un ensemble cohérent et exclusif de peinture sur photographies. Ici les milliers de portraits viennent remplacer la toile comme support traditionnel pour servir de fond à la peinture. Le visage est tellement présent qu’il disparait pour devenir une surface de travail, une matière brute reléguée à l’arrière plan.
“Tout le monde peut s’identifier dans ce visage sans expression” H.B
Hicham Benohoud ne cherche pas à se mettre en scène. L’émotion est mise en avant non pas par les expressions d’un visage grimaçant, triste ou heureux mais au contraire celle-ci est créée en opposition avec la neutralité totale de ses traits par le travail de peinture, de collage et de superposition.
C’est dans le côté plastique, ce monde pictural vivant et coloré, qu’il faut ressentir l’expression, et non dans la démultiplication des portraits. Ce que l’on regarde n’est jamais réductible à ce que l’on voit, et pas tout à fait non plus à celui que l’on croit. Il est dit qu’Hicham Benohoud se montre sans jamais se dévoiler, à vous de voir!